Ce mardi, le CSEC s’est tenu au Novotel de Rueil. Étaient présents pour la Direction : A.-L. Bascoul, P. Franza, C. Amyot, S. Van Severen (représentant EM) et S. Fenner (Directeur Général de North Atlantic France).
La séance a été ouverte par le secrétaire de séance, Gilles (CFE-CGC), qui a remercié M. Fenner pour sa présence et son intérêt pour les sites français, tout en soulignant l’importance de pouvoir échanger sur l’avenir de l’ensemble des sites, y compris les sièges.
Toutes les OS ont pris la parole pour se présenter et annoncer qu’elles auraient des questions à poser à M. Fenner. Notre coordinateur CFE-CGC, François, a exprimé notre position : « Nous souhaitons regarder vers l’avenir. Nous connaissons le talent des salariés, qui est un gage de réussite. Aujourd’hui, nous attendons des engagements concrets. »
M. Fenner a présenté North Atlantic (NA), rappelant que l’entreprise est basée au Canada, avec un siège social à Terre-Neuve, et qu’elle emploie 350 personnes réparties sur trois provinces. Il a insisté sur la solidité financière de NA, avec un chiffre d’affaires supérieur à un milliard de dollars canadiens, principalement dans la distribution de carburants et l’exploitation d’un terminal maritime.
Rémy (CFE-CGC) a interrogé M. Fenner sur l’organisation des sites, notamment la séparation entre le terminal de stockage et la raffinerie. Il a également cherché à clarifier le rôle de NA dans l’exploitation de la raffinerie. M. Fenner a précisé que NA détient 15 % de la raffinerie Braya, opérée par Cresta, et 100 % du dépôt logistique.
Sur la question des investissements, M. Fenner a évoqué 197 M€ déjà engagés dans le port et le transport, avec 200 M€ supplémentaires prévus. Il a également souligné que NA investit sur fonds propres, mais peut faire appel à Silver Peak (SP), son partenaire depuis 2014, voire à une levée de fonds si nécessaire.
Gilles (CFE-CGC) a rappelé que les marchés financiers sont peu favorables aux activités de raffinage, et que la question portait sur la capacité à maintenir l’existant, dans un contexte où les banques européennes se montrent frileuses.
François (CFE-CGC) a demandé qui apporterait un soutien financier en cas de besoin. M. Fenner a répondu que si les fonds propres ne suffisent pas, NA s’appuiera sur ses partenaires financiers, y compris SP. Rémy a souhaité comprendre la relation exacte entre NA et SP, exprimant le sentiment que SP pourrait être l’acteur principal du rachat. M. Fenner a précisé que SP a racheté NA en 2014, mais que NA reste l’opérateur.
Gilles (CFE-CGC) a questionné les critères ayant conduit au choix de NA parmi une vingtaine de candidats potentiels. S. Van Severen a répondu que le projet industriel de NA, garantissant la pérennité du site, ainsi que le prix proposé, ont été déterminants.
François (CFE-CGC) a conclu en demandant si EM s’engageait à soutenir NA dans la durée. S. Van Severen a confirmé que des garanties sont incluses dans le deal.
Enfin, M. Fenner a partagé sa vision stratégique : la France importe actuellement du SAF (carburant d’aviation durable), et NA souhaite développer cette production localement. Gravenchon a été choisi pour son excellence opérationnelle et logistique. NA continue d’explorer d’autres opportunités en Europe, après avoir étudié une quinzaine de raffineries.
Les échanges se sont poursuivis autour des contrats passés entre North Atlantic (NA) et ExxonMobil (EM). M. Fenner a précisé que plusieurs contrats ont été mis en place, certains allant jusqu’à 10 ans, notamment pour l’approvisionnement en brut, avec des facilités de crédit.
Rémy (CFE-CGC) a interrogé S. Van Severen sur la nature du deal : a-t-il été conclu avec SP ou NA ? La réponse a été claire : le deal a été fait avec Silver Peak (SP), NA étant le bras opérationnel.
Une OS a demandé la mise en place d’une fiducie pour garantir les salaires liés au CFC. Après clarification, M. Fenner a confirmé que NA est au courant de cette obligation et continuera à payer comme actuellement. S. Van Severen a précisé que le financement des actifs devra provenir du cash-flow de la raffinerie. Les 2 ont écartés la possibilité de mettre en place une fiducie.
À la question de savoir pourquoi maintenir un lien aussi fort avec EM, notamment pour l’approvisionnement en brut, M. Fenner a expliqué que le contrat est structuré pour garantir des conditions de marché optimales. Gilles (CFE-CGC) a exprimé une certaine prudence, rappelant que la confiance envers EM avait déjà été mise à l’épreuve. Rémy (CFE-CGC) a demandé si EM serait l’unique fournisseur : la réponse est oui, pour une durée de cinq ans.
Deux contrats avec EM ont été évoqués : l’un pour la propriété intellectuelle (EMTEC), inclus dans le deal, et un second pour des services optionnels, à définir plus tard selon les besoins et les coûts.
Concernant la structure actionnariale, M. Fenner a expliqué que la participation minoritaire dans la raffinerie Braya répondait à des besoins financiers et technologiques, à la demande de Cresta. Il a toutefois assuré que NA investit en fonds propres pour NDG, sans projet similaire à ce stade.
Une OS a exprimé des inquiétudes sur la séparation des activités de stockage, craignant des conséquences sociales. M. Fenner a répondu que NA souhaite conserver une activité conventionnelle tout en développant le diesel renouvelable, sans substitution.
Interrogé sur la chimie, M. Fenner a indiqué qu’il n’y a pas de projet concret pour l’instant, mais qu’il reste ouvert à explorer les possibilités. Sur les unités arrêtées, il a précisé que certaines pourraient être réévaluées, qu’ils n’ont pas de projets pour ces unités mais que toutes les opportunités seront étudiées.
Rémy (CFE-CGC) a demandé si NA prévoyait de racheter les stocks actuellement détenus par EM. M. Fenner a confirmé que cela est envisagé via une banque, qui en serait propriétaire, NA en assurant l’exploitation. François (CFE-CGC) a exprimé une inquiétude forte : les salariés perçoivent ces stocks comme une forme d’assurance, et leur transfert à une entité externe est source d’inquiétude. M. Fenner a tenté de rassurer en expliquant que ce modèle est courant en Amérique du Nord.
Les discussions ont également porté sur les différences entre les modèles nord-américain et européen en matière d’énergies vertes. Aux États-Unis, les incitations prennent la forme de crédits, alors qu’en Europe, ce sont souvent des pénalités.
Rémy (CFE-CGC) a demandé si Silver Peak restait impliqué dans les projets. M. Fenner a confirmé, tout en mentionnant d’autres partenaires comme Mitsubishi. NA reste cependant l’opérateur principal.
Sur le sujet du LOBP (unité de lubrifiants), Gilles (CFE-CGC) a alerté sur la baisse des volumes et la nécessité de garantir la disponibilité des matières premières. Il a rappelé que NA a acquis ETC avec ses salariés ultra compétents, ainsi que des équipes commerciales de talent, les 2 étant capables de développer et de valoriser de nouveaux produits. Il a insisté sur l’importance de ne pas être contractuellement bloqué par EM. M. Fenner a pris note de ces remarques.
Enfin, sur la stratégie d’investissement, M. Fenner a expliqué que NA privilégie des projets rapides pour renforcer l’activité conventionnelle, tout en préparant des investissements à moyen et long terme dans les énergies vertes. Les contrats seront finalisés d’ici le 20 octobre. Rémy (CFE-CGC) a demandé à pouvoir consulter ces contrats, notamment pour évaluer leur durée. M. Fenner a indiqué qu’il pourra nous en parler après le CIC.
Sur le LOBP, François (CFE-CGC) a exprimé, de nouveau, une vive inquiétude face à la perte de volumes Mobil 1 et Eurorepar, qui pourrait compromettre la viabilité de l’unité. M. Fenner a indiqué qu’il allait rencontrer le responsable des lubrifiants et qu’il partageait cette préoccupation. Il a évoqué la possibilité de travailler avec des sociétés tierces, en accord avec EM.
La dernière partie du CSEC a permis d’aborder plusieurs sujets sensibles, notamment les engagements financiers, les projets industriels, et les garanties sociales.
Concernant les data centers, M. Fenner a indiqué qu’il ne s’agit pour l’instant que d’une idée, qui sera étudiée une fois la vente finalisée. François (CFE-CGC) a rappelé que ces infrastructures nécessitent une alimentation énergétique conséquente.
Concernant le projet de vente, François (CFE-CGC) a souligné que le planning annoncé était très ambitieux. M. Fenner a reconnu la complexité du projet et a précisé que si des difficultés apparaissent, les échéances seront ajustées, notamment que la date du CIC pourrait être décalée de 15 jours ou 1 mois.
Interrogé sur l’absence de représentants NA dans l’équipe de direction locale, M. Fenner a répondu que certaines personnes en place sont déjà prêtes à porter la culture NA, et que des spécialistes viendront en renfort. Il a également annoncé son déménagement pour plus près du site.
Rémy (CFE-CGC) a insisté sur la nécessité de sécuriser les financements liés aux CFC, notamment dans le cadre d’un PSE pouvant s’étendre sur 10 ans. NA a répondu qu’il n’est pas prévu de bloquer des fonds à ce stade. Un débat s’est engagé sur le financement des retraites futures.
Gilles (CFE-CGC) a interrogé M. Fenner sur la solidité de Silver Peak, évoquant des informations peu rassurantes. M. Fenner a défendu la solidité du fonds, valorisé à 22 milliards d’euros, avec une forte expérience dans l’énergie et l’immobilier.
Concernant le changement de nom de la société, la Direction a précisé que seul le nom changera, sans impact sur les éléments juridiques (Kbis). Sur la convention collective, M. Fenner n’a pas pu garantir son maintien, mais a affirmé vouloir conserver les équipes et leurs conditions de travail.
Le sujet des 15 mois de non-dénonciation des accords existants et de non-licenciement économique a suscité de nombreuses réactions. Rémy (CFE-CGC) a demandé pourquoi ne pas aller au-delà du minimum légal. M. Fenner a répondu que cette durée vise à rassurer pendant la transition, tout en laissant la porte ouverte à des négociations si nécessaire.
Sur les contentieux en cours et les congés payés liés aux arrêts maladie, M. Fenner a indiqué que NA respectera la législation. Il a également confirmé l’intention de NA de racheter 100 % des actions.
Gilles (CFE-CGC) a demandé comment NA compte réinternaliser certaines fonctions, notamment les RH. M. Fenner a répondu que les compétences existent, mais qu’il faut encore évaluer les besoins. Rémy (CFE-CGC) a rappelé que le Livre 2 prévoit la création de 179 postes, et a demandé si NA a été impliquée dans cette organisation cible. M. Fenner a reconnu ne pas encore l’avoir consultée.
M. Fenner devant quitter le CSEC en raison d’un impératif, François (CFE-CGC) a conclu en le remerciant pour sa présence et ses premières réponses, tout en rappelant l’importance d’un suivi rigoureux : « Nous devons balayer l’ensemble des questions posées, ainsi que celles soulevées par vos réponses. Nous attendons des détails sur les projets industriels, les plannings, les budgets, les ressources, les critères de décision, et les garanties financières. »
M. Fenner s’est engagé à répondre par écrit et à revenir dès qu’il disposera d’éléments plus précis. Gilles a proposé qu’il revienne lors du prochain CSEC prévu les 3 et 4 juillet. M. Fenner a indiqué ne pas être disponible à ces dates, mais a reconnu l’importance de maintenir le dialogue.
La fin de la réunion a été marquée par une ambiance plus tendue, notamment autour de la perspective d’un nouveau rendez-vous avec M. Fenner.
Gilles (CFE-CGC) a soulevé la question du redéploiement des salariés amenés à changer de poste. François (CFE-CGC) a proposé la négociation d’un accord spécifique. Si une OS a soutenu cette demande, la Direction, par la voix de P. Franza, a indiqué qu’il n’y aurait pas d’accord de redéploiement, considérant qu’il s’agit d’un exercice classique de Staffing & Deployment (S&D). Le processus devrait démarrer dans les jours à venir.
Concernant la nouvelle entité SFLA, François (CFE-CGC) a demandé à la Direction si elle serait construite sur la coquille vide « Société Mobil de Recherche et de Fabrication de Lubrifiants ». C amyot a confirmé ce point. François (CFE-CGC) a alors rappelé que cette société était liée à la convention collective de la métallurgie, et non à l’UFIP, ce qui pourrait avoir des conséquences pour les salariés. Ce point a été pris en compte par la Direction.
Rémy (CFE-CGC) a interrogé la Direction sur les produits que les commerciaux NA pourront vendre. C. Amyot a répondu : essences, LPG, diesel, jet, fioul lourd, bitumes… Gilles (CFE-CGC) a exprimé une vive inquiétude : les commerciaux non rattachés à SFLA risquent de perdre leur emploi, alors même que certains produits comme les paraffines intéressent NA. Il a dénoncé les contrats contraignants avec EM, qui limitent les marges de manœuvre.
Rémy (CFE-CGC) a résumé la situation : « On est liés à EM en entrée, en sortie. On n’est que des façonneurs. »
Plusieurs points restent à clarifier : les conditions de transfert vers SFLA, les localisations des postes créés, les modalités contractuelles, et les garanties sur les prix d’achat des matières premières.
Ceci cloture ce CSEC.